Messieurs les députés, dans votre tribune du 29 janvier (1) parue dans Le Marin, vous tentez de nous convaincre que les éoliennes en mer seraient porteuses d' « un signal d'espoir », relèveraient d'une nécessité absolue et constitueraient au final un bienfait écologique, Mais il semble que vous arriviez trop tard. Le vent est en train de tourner. Les élus et citoyens qui partout se mobilisent contre le projet de Bretagne-Sud sont bel et bien, et irrémédiablement, convaincus du contraire.
NON, l'industrialisation par les éoliennes en mer n'est pas, comme vous l'écrivez, le fait d'une « perception » de notre part . En toute objectivité, comment pourrions-nous qualifier, sinon d'industriels, des monstres d'acier et de béton de 340 à 380 mètres de hauteur, emplis d'électronique et de métaux rares. Ces matériaux impliquent un extractivisme forcené que Monsieur Damien Girard dénonce par ailleurs en s'opposant aux projets de mines de lithium en Bretagne (2). Que des associations et des élus qui se disent écologistes continuent de prôner l'industrialisation de la mer ne cessera d'ailleurs de nous étonner.
NON, pour nous, la défense de l'environnement n'est pas une « couverture ». Nous ne prétendons pas défendre l'environnement, nous le défendons avec détermination, et continuerons d'agir contre toutes les artificialisations industrielles de la nature. Car, en toute objectivité là encore, nos côtes seront dénaturées, nos paysages saccagés, des biotopes anéantis par ces projets. Vous tenez à préciser que « pour l'instant » les zones Natura 2000 sont évitées (mais souvent frôlées), confirmant ainsi toutes nos craintes pour l'avenir de nos écosystèmes.
NON, il n'y a aucune compatibilité entre éoliennes industrielles et biodiversité. Dans votre tribune, vous admettez que les modifications des écosystèmes sont un danger pour la biodiversité. Mais vous vous basez sur des études parcellaires afin de réfuter une évidence reprise par toutes les associations environnementales, ou encore par le CNPN (3) : les éoliennes modifieront les écosystèmes locaux déjà fragilisés, par destruction ou perte d'habitat. Les dérogations accordées aux promoteurs autorisant la destructions d'espèces protégées, comme à Saint-Brieuc, suffisent du reste à le démontrer . Un biotope détruit l'est de façon irréversible et ne se compense pas. Monsieur Pahun le sait bien qui mettait en avant il y a peu comme un des objectifs principaux de son programme électoral la défense des océans. Un rapport récent (4) devrait néanmoins vous interroger : les éoliennes en mer pourraient libérer des substances chimiques considérées comme potentiellement toxiques, persistantes, cancérogènes et bioaccumulatrices. Vous avez dit « écologique » ?
NON, il n'y a aucune urgence à ce que la France se dote de capacités de production d'électricité supplémentaires pour anticiper une hypothétique augmentation de la consommation. La France produit trop d'électricité et en exporte en moyenne 15 % depuis les années 1980. La tendance de la consommation, malgré l'introduction de nouveaux usages (véhicules électriques, centres de données) est à la baisse depuis environ 10 ans. C'est dans ce contexte qu'en 2025, l'Académie des Sciences « recommande d’explorer des scénarios alternatifs limitant les surcapacités et s’appuyant sur des hypothèses de consommation plus réalistes » et « déconseille un développement précipité et massif des sources d'énergie non pilotables sur la base de prévisions de consommation surestimées » (5). Mais où est donc l'urgence ? Où est donc la fatalité ?
NON, et par définition, des systèmes de production d'électricité intermittente ne peuvent « sécuriser [...] le système électrique à long terme » et si vous le pensez, pourquoi envisagez-vous le démantèlement définitif des éoliennes en Bretagne-Sud dans 30 ans. Devons-nous comprendre que leur utilité serait alors remise en cause ? Et qu'aurait signifié cette parenthèse où nous produisions trop ?
NON, les éoliennes ne sont pas « indispensables » à la décarbonation. Jamais aucun chiffre sérieux ne nous a d'ailleurs été présenté qui en attesterait. La France n’est pas l’Allemagne et n’a pas de large secteur de production au charbon à décarboner. Il reste toujours à prouver qu'une électrification massive réduirait de façon significative les GES (Gaz à Effet de Serre), tous critères confondus, y compris l'extraction, la transformation et le transport des matériaux nécessaires. Très concrètement, ici en Bretagne-Sud, nous attendons les prévisions de la quantité de CO2 évitée par le projet AO5 que nul ne semble oser évaluer, comme le constate le récent rapport de l’Autorité environnementale (6). Gageons que celle-ci sera dérisoire par rapport à l'ampleur des enjeux. Nous pensons que pour aborder sérieusement la question de la décarbonation, ce sont aussi les émissions de l'agriculture intensive, de ses intrants à base de pétrole, de la déforestation et la réelle appréciation de nos besoins et usages qu'il conviendrait de mettre en cause. Par ailleurs, l'océan constitue un puits de carbone majeur qui absorbe à lui seul environ un quart du CO₂ que nous émettons, et capture plus de 90 % de l'excès de chaleur résultant. L'urgence absolue est de se garder de toute atteinte supplémentaire à son équilibre.
Enfin, nous ne sacrifierons pas nos paysages au service de cette hypothétique nouvelle filière industrielle d'ailleurs globalement dominée par des entreprises étrangères. Pour l'AO5, ce serait travail et revenus assurés principalement à l’industrie chinoise, puis dividendes garantis par l’Etat français à des entreprises allemande et belge. Face à cette réalité, comment expliquez-vous à tous les acteurs du tourisme de notre territoire que leur activité devra survivre au saccage de nos paysages ? Comment justifierez-vous auprès des pêcheurs artisans que leur activité devra reculer devant les éoliennes flottantes ? Et vraiment, si l'autonomie relative de la Bretagne devait être une raison pour sacrifier son littoral aux éoliennes, alors nous suggérons que la région parisienne, entièrement dépendante des autres régions pour son électricité, se porte volontaire pour en accueillir quelques-unes sur le Champs de Mars.
Pour ce qui nous concerne, Messieurs les députés,
OUI, depuis longtemps nous avons choisi notre regard : les éoliennes constituent bien selon vos propres termes « un affront supplémentaire à un littoral déjà fragilisé » ; un affront aussi à des choix démocratiques qui devraient présider à l'avenir de nos territoires,
OUI, ce que nous croyons urgent et nécessaire est l'abandon du projet d'éoliennes industrielles en Bretagne Sud, projet inutile, imposé et destructeur,
OUI, cet abandon est le signal d'espoir que nous voulons adresser à tous les amoureux de la nature, de la mer, pour nos enfants, et pour la protection de nos paysages et de la biodiversité.
Le 11 février 2026,
Association Les Gardiens du Large (Morbihan), Le Génie du Lieu (Belle-Île-en-Mer)
(1) https://lemarin.ouest-france.fr/energie/energies-marines/tribune-leolien-en-mer-est-un-signal-despoir-imparfait-mais-necessaire-bef1e850-fd1c-11f0-9ec7-95d99014da7d
(2) https://bretagne.lesecologistes.fr/posts/6AjYZtTX6dxFATWGQJ7L4k/stop-a-la-ruee-miniere-en-bretagne
(3) (2) CNPN - Conseil National pour la Protection de la Nature, dans une autosaisine de 2021 : « Les impacts potentiels sur la biodiversité représentés par le développement de l'éolien offshore en France […] peuvent être très importants sur la biodiversité marine […]
(6) https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/autorite-environnementale-les-avis-deliberes-2025-a4113.html, Avis 2025-124, p.27